Pourquoi danse-t-on le « Rara », rythme associé au Vodou, pendant la Semaine Sainte ?

Avoir les mains et les pieds non liés n’est pas une preuve de liberté. Le pire esclavagisme est celui où le mental est enchainé. Cela attise la flamme du sous-estime de soi, ce qui nous pousse à idéaliser tout ce qui découle de la culture de l’oppresseur aux dépens de la culture locale, même ce dont il faisait usage pour nous garder physiquement sous son emprise à l’instar de « La Religion de l’oppresseur ». Cet esclavagisme mental qui, n’est pas sans conséquences sur notre culture. Nous subissons une déculturation qui pèse lourdement sur notre identité en tant que peuple.

Bande de Rara composées seulement de femmes (Simbi Roots) Ayiti Bel Zile Jean Jeaslin DECOSSA

Bande de Rara composée seulement de femmes (Simbi Roots)

Nous avons cette fâcheuse habitude de rendre pure tout ce qui vient du « Blanc ». A titre d’illustration, nous n’oserons jamais jouer un morceau typiquement haïtien de Racine Mapou de l’illustre Feu Azor dans nos soirées, pourtant, nous ne saurions bien déguster un événement sans valser sur de la chanson française peu importe ce qui est écrit dans les lyriques [Parfois hyper discriminatoires]. Dans notre subconscient, nous avions été programmés à considérer tout ce qui est issu de la culture « Noire » comme étant « démoniaque », et comme étant angélique tout ce qui vient de la culture « Blanche ». Quitte à parler de ce qui se rapporte à la religion. Un critique du Vaudou a osé balancer un jour : « Les haïtiens aiment trop imiter, ils sont partis jusqu’en Afrique pour nous apporter une religion diabolique » [Cette même religion qui a fortement contribué à chasser Napoléon et ses esclavagistes français d’Haïti en 1804]. Pourtant, les colonialistes européens nous avaient imposé, sous peine de mort, la religion de Jésus le Natif de Nazareth, ville d’Israël, sur le continent asiatique [Encore plus loin que l’Afrique, n’est-ce pas?]. Les tentatives d’avilissement de notre patrimoine culturel est un vrai fléau. Rien n’y est épargné, surtout la musique racine, en particulier le Rara.

Dans notre patrimoine immatériel, le Rara se positionne parmi les principales traditions qui constituent notre identité. Pourtant, il rejoint le lot de traditions qui désormais sont en voie de disparition dans le pays. Ce rythme qui a fait le bonheur de plus d’un, auquel personne ne peut oser ne serait-ce que ne pas secouer la tête quand une bande de Rara emprunte son voisinage. Une tradition qui a traversé les siècles dont plus d’un ignorent son histoire. En effet, le Rara représente l’une des premières formes de la musique haïtienne. Lorsque les français , dans leurs pratiques inhumaines asservissaient des humains en Haïti avant 1804, généralement, seulement trois jours de repos étaient attribués aux sujets, le vendredi dit Saint chez les Chrétiens, samedi Saint, et le dimanche pâques comme jours de repos à ne pas confondre avec liberté. Pour bien en profiter, les Haïtiens de l’époque coloniale créèrent de l’ambiance chaleureuse un peu partout dans la colonie avec des instruments musicaux portant leur marque de fabrique comme le tambour, le bambou… D’où la naissance de la tradition [certains chrétiens jugent le fait que la célébration du Rara coïncide avec la semaine sainte « de la provocation » émanant du diable. L’aliénation est vraiment profonde]. Harold Coulander qui a écrit « Haïti singing » pense que le nom serait emprunté du yoruba, idiome africain. Rara, dans cette langue est un adverbe qui signifie hautement, bruyamment ». Toutefois, d’autres croient que le Rara existait déjà chez les Arawaks, peuple d’amérindiens qui ont habité l’ile avant le génocide espagnol, de la fin du XVe siècle.

Quels sont les instruments musicaux utilisés dans le Rara ?

Musicien jouant du vaksen. Ayiti Bel Zile. DECOSSA Jean Jeaslin.

Musicien jouant du vaksen.

Comme mentionné tantôt, les instruments musicaux des « bandes Rara » sont plutôt traditionnels. On y trouve des vaccines (Vaksen) ou des cornets de zinc de différentes longueurs dans lesquels le musicien souffle tout en les percutant avec de petites baguettes, des bambous. On y trouve des instruments à percussion comme les Tambours (kata)Le mannouba notamment, instrument d’origine africaine dans sa conception puisqu’il s’agit de lamelles métalliques fixées sur une caisse. L’ogan dont le son provient de deux bouts de fer entrechoqués, c’est un instrument d’accompagnement de la musique sacrée. Le graj qui est un idiophone par frottement (racleur), mais aussi les ti-gambos et la flûte.

Il serait cependant vain de vouloir déterminer exactement les instruments utilisés par les raras, souvent leurs instruments sont construits à partir de matériaux de récupération. De nos jours, une catégorie de bandes utilise le saxophone, la trompette, le tamtam et le bass-drum marquant le rythme.

Le rara reste une tradition, un rythme musical exceptionnel typiquement haïtien. Je reste persuadé s’il ne subissait pas de campagne de dénigrement de la part de certains aliénés blancomanes, il constituerait une aubaine pour notre industrie touristique. Pour plus d’informations sur cette tradition, cliquez ici.

Ayiti Bel Zile / DECOSSA Jean Jeaslin

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